Messages transmis à l'association

à l'occasion du décès de Pierre Bourdieu
En accès direct :
Jean Paul Deléage - Philippe Fritsch - William Gasparini - Federico Neiburg - Nicolas Noel - Frédéric Roux - Richard Teese - E. Thévenet - Daniel Thin - Frédéric Roux - Luc Van Campenhoudt - Sergio Leite Lopes
Chers amis,
Inutile de vous dire combien le décès de Pierre Bourdieu me touche et m'attriste. Je mesure mieux aujourd'hui son courage lorsqu'il venait, malgré ses souffrances, apporter son concours aux rencontres scientifiques et militantes un peu partout dans le monde et encore très récemment à Bruxelles.
J'imagine l'immense peine de mes amis de l'équipe du Collège de France qui ont travaillé au plus près avec lui et qui m'ont, à son exemple, si aimablement accueilli durant mon congé sabbatique. Mes pensées vont d'abord vers sa famille et vers vous aujourd'hui. Elles vont aussi vers mes amis chercheurs qui sont devenus des proches grâce à Pierre Bourdieu.
Je devine combien il sera difficile pour ceux qui ont étroitement collaboré avec lui de surmonter la tristesse et de faire face à un vide énorme, proportionnel à ce que Pierre Bourdieu leur a apporté, intellectuellement et humainement. Il restera néanmoins, pour chacun d'entre nous, comme une présence intérieure intense et amicalement complice. J'espère que nous serons capables d'y trouver, sinon une consolation, du moins un réconfort et une force pour l'avenir.
En Belgique comme ailleurs, l'oeuvre sociologique de Pierre Bourdieu constitue une référence centrale, non seulement pour les universitaires de métier mais pour toutes les personnes qui y puisent des outils pour l'analyse de leurs actions et des repères pour leurs jugements. Pierre Bourdieu n'est pas seulement un immense sociologue; il a placé frontalement, avec une vigueur inouïe, tous ceux qui font profession de penser face à leurs responsabilités sociales. Il est le seul à avoir voulu en faire, à ce point, une oeuvre collective.
Nous n'avons encore qu'une très petite idée de l'impact de ce travail, en dépit des difficultés, pratiques et mentales, des universitaires pour oeuvrer ensemble et avec les mouvements sociaux. Merci à tous ceux, dont vous êtes, qui se sont consacré le plus à cette oeuvre.
Je reste, reconnaissant, à la disposition de sa mémoire.
Luc Van Campenhoudt
Centre d'études sociologiques
Facultés universitaires Saint-Louis
Boulevard du Jardin botanique 43
B - 1000 BruxellesRetour liste
Pierre Bourdieu est mort.
Il faut pourtant continuer à le faire vivre, à le faire lire, à faire de la sociologie critique, expression devenue grâce à lui un merveilleux pléonasme.
Mais ces instants sont encore insupportables et douloureux et comment éviter la métaphore religieuse, si chère à ses ennemis qui jouaient sur son nom, et ne pas parler de cette lumière qu'il fit jaillir un jour dans mes yeux. Je me rappelle comme hier de cette dissertation de terminale sur le Beau (Kant: "le Beau est ce qui plaît sans concept"), comment d'un petit texte trouvé dans un manuel de philo (Bourdieu : "Seul ce dont on a le concept peut plaire") m'était venue une satisfaction que je ne me suis expliquée que plus tard : celle de la noblesse théorique du travail pratique du penseur de terrain.
En classe prépa, il devint l'héroïque démystificateur de mes troisièmes parties de dissert de Lettres, pas celui qui répondait à la question, celui qui tout en montrant qu'elle était mal posée, pourfendait l'idéologie charismatique du créateur incrée. Remède antiscolastique efficace puis arme inséparablement scientifique et politique, objet de mes longues discussions avec Toso, Lebaron, Poupeau et d'autres, il avait converti nos regards, pour toujours. Que faire pour continuer à aimer Pierrot, à maîtriser ses armes ? De la sociologie pardi. Frédéric et Franck sont mêmes devenus ses proches, implacablement, sans que jamais cela ne m'étonne. Walter et moi le sommes toujours par notre métier, nos lectures, nos combats et à travers eux. Il nous a évités d'être des khâgneux esthético-utopistes ou des économistes réalistes. Il nous a appris à être dans et contre, à rire de la bêtise du monde que son intelligence révélait instantanément, à utiliser ses armes pour comprendre, tous les jours.
Aujourd'hui, ces années me reviennent à la gueule. "Khâgneux à vie" dit un bouquin, c'est vrai... bourdieusien à vie aussi.
Aujourd'hui il nous faut continuer à essayer de concilier le pessimisme de l'intelligence avec l'optimisme de l'action. "Citer, c'est ressusciter" dit le proverbe kabyle qu'il évoque dans sa leçon inaugurale. Pierrot, tu es vivant. Encore merci.
Frédéric Roux
Professeur de sciences sociales au lycée Pape-Clément (Pessac), membre du collectif Raisons d'Agir.Retour liste
Dear Frédéric,
Thanks so much for your kind reply.
It probably won't be possible for me to come to France, given the time it takes to get there (about 26 hours). I don't think I can get there by Thursday.
I have asked the Dean of our Faculty to circulate the following message in our university as a tribute to Bourdieu:
"Pierre Bourdieu, the eminent French social scientist, has died in Paris at the age of 71. Bourdieu was a great thinker and writer, and a passionate and courageous defender of the disadvantaged. His legacy is enormous. His writings covered a very wide field of human endeavour -- the arts, education, the economy, politics and the State, language and social organization. His contributions were original and immensely stimulating. Bourdieu was a very generous and engaging man. His lectures were delivered with vitality and wit and a modesty, even humility, in which he recognized the inherent limitations of our intellectual methods and the need to be ever-open to the unpredictable, the contrary, the exceptional. His writings, often dense and difficult to the English reader, are at the same time immensely fruitful and vigorous. Always challenging, his books can be returned to again and again. As he himself insisted, the reader must work with the writer to create meaning, not expect it to be delivered readymade. Bourdieu's death is a great loss, but what he has left behind is of inestimable value."
Thanks so much again for your kind reply.
Richard Teese
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Je voulais juste vous dire
la tristesse que j'éprouve à l'idée de la disparition de Pierre Bourdieu, parce que, pour tout vous dire, je l'aimais, vraiment, et j'appréciais tant le savant que l'homme. Je me coucherai se soir avec un sentiment de perte, de tristesse, et d'injustice (...).
Voilà, j'avais besoin de le dire, alors je vous l'écris, même si je ne vous connais pas, puisque j'ai trouvé votre site sur celui de France Inter. Hélas trop tard pour lui dire combien j'appréciais son combat, et que cela est juste, légitime, et profondément humain, et tant d'autres choses qui font que finalement nous savons bien, je pense, où devrait se situer notre humanité.
Juste ce mot pour vous dire à quoi je pense, partager ma peine et vous encourager à y aller, à fond. Ultime rempart contre la négation.
Nicolas NoelRetour liste
Cher Frédéric,
On est frappé par la terrible nouvelle d´aujourd'hui. Je t´envoie, à toi et
à tous les collègues et amis, notre sentiment d´énorme perte. Va être impossible remplir le vide théorique et politique que la mort de Bourdieu a laissé.
Um abraço
Federico Neiburg
Depto. de Antropologia - Museu Nacional
Quinta da Boa Vista s/n
20940-040 Rio de Janeiro RJ BrasilRetour liste
L'annonce aujourd'hui du décès de Pierre Bourdieu m'a profondément choqué.
Son travail sur les injustices au sens large, sa critique permanente de la mondialisation et des pensées toutes faites et prêtes à digérer, son attachement à la rencontre des simples citoyens plutôt qu'à celle des journalistes, faisaient de lui un homme de science présent dans le monde réel et engagé dans ses débats et ses doutes. Il représentait l'archétype de ce que devrait être tout intellectuel, qui explique ses travaux, fait part de sa démarche et donne ses outils d'analyse. Les universitaires l'ont haï pour cela. Faisons en sorte que son travail ne s'arrête pas avec lui.
- Il est vivant.
Bien à vous,
E. ThévenetRetour liste
Mon cher Frédéric,
Ayant appris le décès de P. Bourdieu ce matin, je voulais exprimer ma tristesse car sa disparition crée un grand vide non seulement dans la sociologie, mais aussi dans le monde intellectuel et dans le "mouvement" critique. C'est grâce à lui que je suis "entré en sociologie" alors que ma trajectoire sociale ne me prédestinait pas à la carrière universitaire. Il a su me communiquer le regard critique que je porte sur la société et que je transmets, dès que cela est possible, à mes étudiants et mes proches.
Merci Bourdieu. Le combat continue.
William Gasparini
Université Marc Bloch de StrasbourgRetour liste
Nous sommes attristés par la disparition de Pierre Bourdieu.
Notre revue Ecologie et Politique se situe dans sa filiation de critique sociale et de soutien à l'emergence de mouvements sociaux autonomes. Nous n'avons jamais compris l'écologie politique qu'à la mesure de cette radicalité que Pierre Bourdieu incarnait et exigeait.
Nous sommes à votre disposition pour tout hommage ou travail le concernant.
Amitiés
Frédéric Brun et Jean Paul Deléage
Responsables de la revue Ecologie et PolitiqueRetour liste
Profondément attristé par la mort de Pierre Bourdieu, je vous demande d'être auprès des membres de "raisons d'agir" l'interprète de mes sentiments mais aussi de ma solidarité.
Cordialement,
Philippe Fritsch, Université Lyon 2
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J'apprends la mort de Pierre Bourdieu.
J'en suis très attristé tant je me suis nourri de son travail et tant je m'en nourris encore. Au sentiment de perte au plan "professionnel" et scientifique s'ajoute le sentiment de la perte de cette voix si pertinemment critique de la doxa libérale qui nous envahit. J'ai rencontré deux fois Pierre Bourdieu au cours de ses déplacements à Lyon. J'en garde le souvenir d'un homme d'une profonde "humanité". Enfin, je voudrais témoigner de ce que ses analyses et celles de ses proches collègues m'ont aidé à ma propre socio-analyse d'un parcours social "erratique" comme elles m'aident chaque jour dans mon travail de chercheur.
Je ne sais pas quelle est la formule adéquate qui sied lorsqu'on s'adresse aux membres d'un laboratoire qui vient de perdre son fondateur. Je souhaite simplement témoigner de ma tristesse et de ma dette et vous adressez l'expression de ma sympathie.
Bien cordialement
Daniel Thin
Groupe de Recherche sur la Socialisation Université Lumière Lyon 2
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Frappé ce matin par l'information transmise avec émotion au téléphone par Afranio, je t'envoie, ainsi qu'au groupe de chercheurs et amis autour du Centre et autour de Bourdieu, notre solidarité et notre sentiment d'énorme perte. Nous pensons aux contributions nouvelles encore à faire ou de systématisation pour les sciences humaines, aux contributions politiques si importantes et irremplaçables dans ce monde d'injustice et de dominations illégitimes que nous connaissons si bien au Brésil, et nous pensons à sa contribution et à son exemple comme personne et figure humaine vivante et agissante. Sans doute que son oeuvre et son exemple continueront à agir et à donner des raisons d'agir.
Au nom des amis proches et collaborateurs des réseaux entre le Centre et les groupes de recherche brésiliens, en particulier ceux du Museu Nacional et de l'IFCS à Rio, nous vous envoyons nos sentiments de deuil, de tristesse et de solidarité.
Um abraço,
Sergio Leite LopesRetour liste
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