La banlieue dans la campagne présidentielle
par Gérard Mauger
Un article paru dans Le Parisien le 5 mars 2007
Entretien avec Carole Sterlé (version exhaustive)
- La banlieue ne semble pas être un thème majeur de la campagne, même si, en filigrane, elle semble se dessiner comme un enjeu. Sarkozy qui doit y aller, mais qui n'y va pas vraiment, Ségolène à Clichy-sous-Bois...
La situation peut sembler paradoxale. Dans une campagne électorale où il s'agit de conquérir le plus grand nombre possible de suffrages, on pourrait supposer, en effet, que la conquête de l'électorat populaire (environ la moitié de la population active si on y inclut les ouvriers, les employés et les chômeurs) soit un enjeu décisif. Or, si l'on excepte quelques outsiders qui s'y essaient et échouent à le faire (entre autres raisons, à cause de leurs divisions), force est de constater qu'aucun des prétendant(e)s ne semble vraiment s'en préoccuper. S'il en est ainsi, c'est sans doute à la fois parce que l'abstentionnisme est particulièrement élevé dans les classes populaires, mais aussi parce qu'il s'agit aujourd'hui d'un univers profondément clivé entre des classes populaires " établies " (souvent françaises d'origine, " pavillonaires ", etc.) et des classes populaires " précarisées " (souvent immigrées, refoulées dans les " quartiers sensibles ", etc.), si bien que défendre la cause des unes, c'est sembler s'opposer à celle des autres : division particulièrement funeste dont l'extrême-droite use et abuse depuis un quart de siècle en France…
- Quelles différences par rapport à la campagne de 2002 ?
On se souvient de la place prise par " la surenchère sécuritaire " (visant la fraction la plus visible de ces classes populaires précarisées : " les jeunes des cités ") dans la campagne présidentielle de 2002 qui avait vu la victoire facile de la droite (1ère) et de l'extrême-droite (2ème). Rien ne permet d'assurer aujourd'hui que ce " coup " ne sera pas réédité in fine en 2007. La tentation existe : on a entendu récemment Nicolas Sarkozy relancer la thématique de " l'ordre " et de " l'autorité "… Ses hésitations s'expliquent au moins pour partie par un bilan en la matière qui n'est pas précisément une réussite et par une adversaire qui n'entend pas se laisser doubler sur ce terrain en promettant elle aussi de " recadrer " les délinquants manu militari et de " remettre au carré " les familles, sans compter qu'à ce jeu c'est toujours, comme il s'en vante, Le Pen qui l'emporte…
- Des initiatives se multiplient, Ac-Lefeu notamment, née après les violences urbaines, qui entame un second tour de France lundi, où le contrat social et citoyen sera restitué mais aussi où il sera dit quel candidat s'est engagé. (Pour l'instant, Royal, Besancenot, Bové et Voynet l'ont signé). " Ma 6té va bouger " interpelle les candidats... Des associations de banlieue se sont mobilisées pour les inscriptions sur les listes électorales. D'une part, comment interpréter ces mobilisations ? D'autre part, de quelle manière cela peut-il se traduire dans les urnes ?
Diverses initiatives associatives nées dans la foulée de " l'émeute de novembre 2005 " ont entrepris un travail de re-politisation de la fraction la plus vulnérable des classes populaires (celle qui est confrontée au chômage de masse, à la précarité, à la paupérisation, à l'insécurité et à " l'insécurité sociale ") : elles tentent de remédier à la faillite des porte-parole traditionnels des classes populaires, au " rendez-vous manqué de la gauche et des cités ", comme dit Olivier Masclet. Elles n'ont évidemment quelques chances de se faire entendre que dans la mesure où la population de ces cités populaires ne se réfugie pas dans l'abstention : d'où l'appel à l'inscription sur les listes électorales… Dans quelle mesure a-t-il été entendu ? Et, s'il l'a été, ces électeurs potentiels trouveront-ils un(e) candidat(e) dans le(a)quel(le) ils puissent se reconnaître ? Je doute fort que nos experts ès-sondages soient aujourd'hui en mesure de répondre à ce genre de questions…