La "mise en extinction" du CEIMSA
(Centre d'études des institutions et mouvements sociaux américains )


Professeur Francis Feeley, Université de Grenoble
Pour visiter le site en exil : http://dimension.ucsd.edu/CEIMSA-IN-EXILE/
(site hébergé provisoirement par l'Université de Californie, San Diego)



3 OPEN LETTERS DEFENDING AND ATTACKING CEIMSA IN GRENOBLE.
19 September 2004, Grenoble, France
Dear Colleagues and Friends of CEIMSA,
The efforts to save CEIMSA and to restore its web site on the Stendhal University server has now carried over into the fall semester.
Below, please find copies of 3 "open letters" representing a recent exchange between researchers defending and attacking CEIMSA's efforts to continue its work at Stendhal University.
Sincerely,
Francis Feeley
Professor of American Civilization
Director of Research
Stendhal University


A. OPEN LETTER FROM PIERRE SARAMITO ADDRESSED TO SNCS MEMBERS (30 JULY).
SYNDICAT NATIONAL DES CHERCHEURS SCIENTIFIQUES - FSU

GRANDE PREMIERE (MONDIALE ?) A L'UNIVERSITE STENDHAL DE GRENOBLE : L'AUTODAFE ELECTRONIQUE
Ce texte est paru dans Stic-hebdo n°26 du 13 septembre 2004 (texte à l'adresse suivante).
Dans l'histoire universitaire française, l'université Stendhal de Grenoble est en passe d'occuper une place éminente: pour la première fois en France (et peut être pour la première fois au monde, c'est à vérifier) elle a décidé de faire disparaître de ses fonds documentaires en ligne toute la production scientifique d'un centre de recherche accumulée depuis trois ans, après qu'elle ait été soutenue financièrement par son conseil scientifique. Brûler des livres ou les anéantir lorsqu'ils sont sur support informatique, quelle différence?
Résumons brièvement les faits: en 1998 Francis Feeley, de l'université de Berkeley, postule sur trois postes de professeur dans les universités de Strasbourg, Tours et Grenoble. Classé premier par les trois commissions de spécialistes, il choisit Grenoble où on lui permet de créer un Centre de recherche, le CEIMSA (Center for the Advanced Study of American Institutions and Social Movements). Beaucoup de Grenoblois connaissent la suite: trois conférences internationales drainant un nombreux public, des personnalités américaines de renom invitées à Grenoble (tel l'historien Howard Zinn), de nombreux étudiants intéressés par les activités du CEIMSA, un rayonnement international nouveau pour l'université Stendhal dans le domaine des "Américanistes".
Quelle mouche a donc soudainement piqué les membres du Conseil Scientifique de l'université pour refuser toute subvention à ce centre de recherche pour 2004, après l'avoir soutenu pendant trois ans?
Pourquoi le Président de l'université, nouvellement élu, Patrick Chezaud, a-t-il décidé de mettre le centre "en extinction" ? Et surtout pourquoi a-t-il fait suivre cette "extinction" de l'autodafé électronique de son fonds documentaire en ligne, dépositaire notamment des actes des trois conférences internationales organisées par le centre, avec le soutien de l'université ?
Nous disposons de deux réponses officielles à ces questions: dans une lettre du Vice Président Michel Lafon au Professeur Francis Feeley datée du 12 Juin, la raison invoquée est que le fonctionnement du CEIMSA serait "atypique". C'est par cette lettre que le professeur Feeley apprend que son centre est mis "en extinction" et qu'il recevra une notification du Président (à la date du 30 juillet, elle ne lui était pas encore parvenue...). D'autre part, au cours d'une entrevue avec le Président Chezaud (en présence d'un représentant du SNESup), le Professeur Feeley s'est entendu dire que " le grand nombre de participants aux colloques internationaux du CEIMSA tend à prouver que le travail de ce centre de recherche n'est pas "scientifique". Une troisième raison exprimée oralement serait qu'un centre de recherche non financé par le BQR doit être automatiquement supprimé. Aucune raison n'a été fournie pour justifier l'autodafé du fonds documentaire.
Bien entendu, il s'agit là de prétextes particulièrement inacceptables. Toutes ces décisions ne reposent sur aucun rapport d'évaluation scientifique sérieux et argumenté des activités du CEIMSA.
En fait, la véritable raison de la suppression arbitraire de ce centre de recherche est apparue dans une lettre de la Vice Présidente Odile Lagacherie du 28 juin, annonçant au professeur Feeley que le site WEB de son centre, constitué de plus de 3000 pages de documentation (actes des conférences internationales, articles, mémoires d'étudiants français et étrangers, etc...) serait supprimé du serveur de l'université Stendhal le 1er juillet 2004. Effectivement, toute cette documentation a été effectivement soustraite au public français et étranger ainsi qu'aux étudiants et aux enseignants-chercheurs de l'université. Si l'on y réfléchit, ce geste est pire que brûler une bibliothèque, dont les ouvrages peuvent éventuellement être trouvés ailleurs, car il existait dans ce site des actes de conférences et des textes de "littérature grise" non publiés. L'université Stendhal vient d'inventer l'autodafé du XXIème siècle: on en parlera dans les manuels d'histoire, comme on parle de l'inquisition espagnole du XVIIème siècle...
Et maintenant il faut poser la question: pourquoi cet autodafé? Qu'une université supprime un centre de recherche, même brillant, ce n'est pas nouveau, tant les combats de requins sont fréquents dans les milieux de la recherche. Mais liquider un fonds documentaire de plus de 3000 pages en plein essor, largement utilisé au sein de l'université elle-même et à l'étranger, c'est très nouveau. Un vrai "scoop" ! En fait, pour tous ceux qui ont suivi les activités du professeur Feeley et du CEIMSA, la raison est claire: au lieu de dispenser au public français les analyses "politiquement correctes", insipides et pleines de non-dits des courants de pensée "bien en cour" sur l'histoire et la société des Etats Unis, sur leur politique intérieure et extérieure, Francis Feeley met en lumière les réalités de ce grand pays, ses contradictions, les luttes sociales qui ont traversé son histoire et qui continuent à y faire rage aujourd'hui. Bref c'est un "radical" au sens américain du terme et ne voilà-t-il pas que l'université d'Austin au Texas demandait à ce professeur de l'université Stendhal de venir faire cours à ses étudiants ? Il ne fait pas de doute que pour les courants conservateurs et bien pensants, il devenait difficilement supportable de laisser le public français et étranger accéder librement aux textes diffusés par cet intellectuel critique des pouvoirs établis. Et pour jeter un site WEB à la corbeille, rien de plus simple que de supprimer le centre de recherche qui le développe. .. Les dirigeants de l'université Stendhal se sont donc rendus coupables de censure scientifique pour raisons politiques.
Ce scandale sera-t-il toléré sur les campus grenoblois ? Espérons que les protestations de la communauté scientifique locale et internationale et celles des étudiants privés de cette documentation irremplaçable seront assez vives, pressantes et nombreuses, pour faire comprendre aux collègues de Stendhal qu'ils font fausse route, et pour les convaincre de revenir sur le geste inconsidéré de cet autodafé électronique. Pour ce qui est du SNCS-FSU, la section du campus de Grenoble envisagera à la rentrée les actions à mener pour défendre les activités de recherche du CEIMSA et sauver son fonds documentaire. Dieu merci, contrairement à une bibliothèque brûlée, un site WEB jeté à la corbeille peut être remis en ligne sans délai.
N'oublions pas non plus que les Etats Généraux de la recherche tiendront leur réunion nationale de synthèse à Grenoble fin octobre. On y reparlera sans doute beaucoup des méthodes arbitraires du Président Chezaud et de ses Vice-présidents, au moment où la Conférence des Présidents d'Université voudrait voit les universités piloter toute la recherche publique en France...
Grenoble, 30 Juillet 2004
Pour le bureau de la section SNCS-campus,
Pierre Saramito


B. OPEN LETTER FROM CHANTAL MASSOL ADDRESSED TO PIERRE SARAMITO
Mail du 16 septembre 2004 de Chantal Massol à la liste "Comité"

Cher collègue,
Je suis indignée qu'un syndicat puisse décider de publier (et sous ce titre !) un tel tissu de contre-vérités et d'allégations diffamatoires à l'égard de l'Université Stendhal et de son équipe présidentielle. Membre élu du Conseil scientifique, j'ai participé à toutes les séances au cours desquelles ont été discutées les questions posées par le CEIMSA de M. Feeley. Elles ont évidemment fait l'objet de comptes rendus dans lesquels ont été actées toutes les décisions prises par le Conseil (et non par un Président ou un Vice-Président aux méthodes « arbitraires » !).
Les considérations qui ont motivé la mise en extinction de ce centre n'étaient en rien politiques : l'équipe n'était pas viable en raison de son très faible nombre d'adhérents (c'est un euphémisme) et de sa gestion désastreuse.
Le site internet de M. Feeley n'a nullement fait l'objet d'un « autodafé » (terme scandaleux). Aucun document n'a été détruit, et il était parfaitement loisible à M. Feeley, dès lors que son centre n'avait plus d'existence officielle, de les transférer sur ses pages personnelles du site de l'Université.
Il serait bon, je pense, avant de déconsidérer les Etats Généraux de la Recherche en les saisissant de cette consternante affaire, que vous jetiez un coup d'oeil sur le site en question, pour juger de sa valeur « scientifique » !
Pour ma part, après avoir lu de tel propos, je demande à être rayée de la mailing-list du « Comité ».
Chantal Massol, PR, Grenoble III


C. REPLY FROM : Pierre Saramito, Syndicat National des Chercheurs Scientifiques (SNCS-FSU) ADDRESSED TO Mme. MASSOL (18 SEPTEMBER).
Reply to Professor Chantal Massol, from Dr. Pierre Saramito, Syndicat National des Chercheurs Scientifiques (SNCS-FSU).

Chère collègue,
Il est fréquent que la réalité soit une cause d'indignation. La décision de l'équipe présidentielle de l'université Stendhal de faire disparaître du serveur de l'université un fonds documentaire contenant les résultats de trois années de travaux de recherche, parmi lesquels les actes de trois conférences internationales où sont intervenus des collègues éminents de plusieurs universités françaises et étrangères, cette consternante affaire, comme vous la caractérisez, nous a effectivement indignés. Nous avons qualifié ces actes d'arbitraires parce que dans les comptes rendus des travaux du conseil scientifique invoqués pour les expliquer rien ne fait référence ni à "l'extinction" du CEIMSA, ni à la suppression de son site web.
Sur ce point précis vos affirmations ne correspondent pas à la réalité.
C'est pourquoi nous sommes bien en présence de décisions arbitraires. D'ailleurs même si le conseil scientifique avait pris de telles décisions, elles n'en seraient pas moins arbitraires, car ce conseil a-t-il le droit d'empêcher un enseignant de remplir ses missions de recherche et d'enseignement en le privant de ses moyens de travail?
Le terme que nous avons utilisé pour qualifier la suppression du site web n'est pas "autodafé" comme vous le prétendez mais "autodafé électronique". Il est parfaitement adapté pour qualifier la disparition du fonds documentaire du CEIMSA sur les disques du serveur de l'université. Quant aux pages personnelles du professeur Feeley sur le site de l'université, je les ai cherchées en vain dans le site en question. Je n'y ai d'ailleurs pas trouvé non plus les vôtres, ni celles de tous vos collègues : où sont ces pages personnelles sur le site en question ?
Sauf aveuglement de ma part, vous avancez également sur ce point des affirmations non fondées.
**********
Rien ne figure non plus dans les comptes rendus du conseil scientifique sur ce que vous appelez une "gestion désastreuse", rien non plus sur la valeur scientifique, comme vous dites, des activités de ce centre. Il s'agit là d'allégations sans preuves et même de propos diffamatoires à l'égard des nombreux collègues, chercheurs et enseignants chercheurs français et étrangers, qui ont contribué aux activités du CEIMSA.
En ce qui concerne l'argument du nombre d'adhérents, c'est là, nous le savons tous, le reflet de la politique gouvernementale, qui ne veut pas reconnaître qu'il puisse subsister au sein des universités de petites équipes de recherche autonomes, à caractère artisanal, capables de produire des travaux scientifiques de valeur. Le ministère actuel force les universités à créer des structures fédérées, même si cela ne correspond à aucune logique scientifique, parce qu'elles sont plus faciles à contrôler et à orienter. Mais est-ce la mission d'un conseil scientifique de "prendre acte" de décisions ministérielles ? Ne devrait-il pas plutôt se préoccuper d'évaluer ou de faire évaluer par des rapporteurs **indépendants**, la qualité des programmes de recherche ?
Dans les comptes rendus des réunions du conseil scientifique de l'université Stendhal, on ne relève aucun souci d'évaluation des activités de recherche à l'université et manifestement le conseil a "pris acte" de la situation du CEIMSA sans chercher à faire établir un rapport d'évaluation des activités du centre. C'est pour cette raison que ce cas intéressera certainement nombre de participants aux Etats Généraux de la recherche.
Ce n'est pas, chère collègue, en "jetant un coup d'oeil" (sic) sur un fond documentaire comme celui du CEIMSA que l'on peut juger de sa valeur scientifique et de celle des collègues français et étrangers qui y ont contribué.
Je vous prie d'agréer chère collègue, à l'expression de mes sentiments les meilleurs,
Pierre Saramito
Pierre.Saramito@imag.fr
Syndicat National des Chercheurs Scientifiques (SNCS-FSU)
http://www.cnrs-bellevue.fr/~sncs/

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